Journées de réflexion disciplinaire

Journée de Réflexion disciplinaire du 11 décembre 2008

Le développement durable selon Yvette Veyret Compte-rendu de son intervention

Pour faire suite à la demande de plusieurs collègues, nous publions en lignes ce bref compte-rendu de l’intervention d’Yvette VEYRET. Professeur de géographie à l’Université Paris X-Nanterre, laboratoire GECKO, elle travaille sur les questions d’environnement, de risques, de développement durable. La question des risques, de l’aménagement et des acteurs associés constitue un volet important de sa réflexion à laquelle sont associés des travaux sur le développement durable, histoire, composantes et limites de la notion.
Présidente du Comité National Français de Géographie, elle est l’auteur de nombreuses publications dont :
- (dir.), Le développement durable, SEDES, 2007.
- (dir.), Dictionnaire de l’environnement, A. Colin, 2007.
- (avec G. GRANIER), Développement durable ? Quels enjeux géographiques ?, Documentation
photographique, n°8053, 2006.

Le développement durable, un objet politique

Il faut ajouter un troisième pilier "politique" aux trois piliers habituels du développement durable. Ce dernier est ainsi un objet politique qui suscite des débats non clos.

Le premier pilier : la "nature"

- L’origine de l’idée de protection de la nature provient d’un courant religieux protestant américain au XIXe siècle : le courant protectionniste, en parallèle d’un autre courant conservateur. Il s’agit d’utiliser la nature mais de façon raisonnable.

- Les mots de ce pilier doivent interroger autour des notions « équilibre », « nature », « naturelle », « primaire ». Mais que serait retrouver l’équilibre naturel ? Pas un état originel. Par exemple, la forêt amazonienne est exploitée depuis des millénaires mais elle est en fait une forêt récente.

- Enfin, la perception de ce qui est « nature » est très variable selon les cultures. Quelle serait la bonne gestion de la « nature » ? Faire des parcs qui excluent les hommes ? Il s’agit aussi de réfléchir sur le statut de l’homme.

Sur le pilier "économie", des questions également politiques

Le développement durable s’inscrit-il ou non dans le capitalisme ?
Pose-t-il la problématique de la croissance ou de la décroissance ?
Quel est le niveau de durabilité ? Forte ou faible ?
Cela pose aussi la question des conceptions du développement durable pouvant être antagonistes entre pays du Nord et pays du Sud.

Le social, pilier délaissé

Quelle relation entre social et équité, qu’est-ce qu’un partage juste des ressources ?
Comment l’atteindre ?
Depuis que le thème du DD a été lancé, constat d’accroissement des inégalités.

Questions et problèmes autour des sources utilisables

- L’exemple des surfaces forestières et de la déforestation, de la désertification : selon les sources, on n’obtient pas les mêmes chiffres ni les mêmes définitions. Il ne s’agit donc pas du même constat.
Cela indique combien les différents acteurs (ONG, organismes internationaux, Etats) peuvent jouer politiquement sur les sources (enjeux de financement de certains programmes…).

- L’exemple de la question d’une crise globale, pour justifier le développement durable : il faut s’interroger sur qui développe cette idée, car certains aspects sont globaux, d’autres non. Attention, une vision du "haut" (à l’échelle mondiale) qui dirait ce qui est bien ou non, est restrictive.

Le développement durable c’est d’abord de la démocratie et du local qui doit placer l’homme au cœur des réflexions et interventions.

Le développement durable : un concept opératoire en géographie scolaire ?

Le développement durable rentre dans toutes les questions de la géographie (géographie spatiale, géopolitique, etc.) et dans celles de l’histoire également (qui habite ? qui en vit ? depuis combien de temps ?).

Le développement durable entre notamment dans le champ de la géographie urbaine (sur le thème de la ville maltraitée par le développement durable ). Par exemple, la problématique villes pays riches/villes pays pauvres.
- Les villes pays riches, c’est l’espace le plus durable, si on se réfère au meilleur indicateur en matière de développement durable qui est l’espérance de vie (meilleure qualité de vie dans les grandes villes que dans les petites ou moyennes ou que dans la ville du XIXe siècle…), les villes « propres ».
- Pour les pays pauvres, on n’observe pas les mêmes problématiques : construction des villes sur des déchets dans les zones humides où il ne peut être question de ramasser les ordures puisque cette activité assure la survie de certains groupes (par exemple au Caire ou à Mopti).

C’est ce qui fait que les « recommandations » de développement durable sont perçues par les pays les plus pauvres comme un luxe de riches, voire sont envisagées comme une forme d’ingérence du Nord sur le Sud . Ce n’est pas tout à fait pareil pour les pays émergents affichant une forte volonté de développement durable, mais surtout pour des raisons politiques.

En conclusion

Les limites du développement durable se trouvent aujourd’hui davantage dans les conflits et les guerres. Il s’agit de montrer à nos élèves qu’il n’y a pas de famines « naturelles » ni donc aussi de fatalité, de déterminisme.


Groupe national Histoire-Géographie du SNES - mai 2009


Compte-rendu réalisé à partir des notes de Valérie DADI, groupe Histoire-Géographie. Merci à Yvette VEYRET pour sa participation à la journée de réflexion.

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